Vu dans la presse : Les Slovaques ont de l'essence dans les veines
11 juin 2009 - Un article publié par le journal Ouest France du 22 mai 2009. La panne du marché européen a beau freiner sa production,la Slovaquie maintient le cap de sa vocation automobile.Peugeot-Citroënen tête. Reportage à l'occasiondes élections européennesdu 7 juin...
Pavol, il a eu son Bac mais bon, les études ce n'est pas son truc. Tout petit déjà, dans sa campagne à la frontière entre Slovaquie et République Tchèque, il ne pensait que « vélo, chasse et trompette ! » Alors, pour servir ses trois passions, à 18 ans, il a 'chopé' le premier job de serveur venu dans un bar de son patelin. Et roulez jeunesse, cahin-caha. Horaires désarticulés, petite paye ! 250 € les bons mois. Et puis un jour, en 2006, une annonce dans Pravda, l'un des deux grands quotidiens slovaques, bloque son attention. « Constructeur automobile. Recherchons employés de production. » Pourquoi pas moi ?
À 23 ans, Pavol est embauché chez PSA (Peugeot Citroën) à Trnava. Devient conducteur de chariot dans une usine plantée au milieu des champs de blé, à 50 kilomètres et 2,18 € de Bratislava en train rapide. Pas de regrets. « En moyenne, je me fais500 € nets par mois, deux fois plus qu'avant et avec des horaires réguliers. Alors... »
Des Pavol, venus de nulle part, scotchés par les petites annonces dans un rayon de 100 kilomètres, l'usine slovaque de PSA, qui assemble la 207 Peugeot et le C3 Picasso, en est remplie.
Il y a Sdena. Elle était « infirmière mal payée. 200 € ! » À 50 ans, elle est devenue contrôleuse qualité et parvient à se « faire 600 € avec les primes. » Il y a Monicka qui « recherchait un emploi stable » après son Bac. Et Peter, l'ouvrier à la chaîne qui cumule, comme pas mal d'autres, un deuxième job dominical de vendeur informatique. Tous venus de la campagne avoisinante.
En Slovaquie, les chemins de l'emploi passent par l'industrie automobile. Tirée par le trio Peugeot-Volkswagen-Kia, et 250 équipementiers, elle est la force motrice du pays : un bon tiers de la richesse produite et 40 % des exportations. L'auto-dépendance est vitale. Alors, quand l'automobile tousse, tout le pays s'enrhume. Et elle tousse, malgré le succès fulgurant de la prime à la casse (2 000 €). Finies les accélérations de 20 et 30 % l'an, la production fait désormais du sur place. Les sous-traitants dégraissent dans une grande discrétion médiatique. Plombé par la mévente du haut de gamme (Touareg, Cayenne, Q7) qu'il assemble ici, à Bratislava, le groupe Volkswagen multiplie chômage technique et incitations sonnantes au départ (six mois de salaire).
Surprise ! Le constructeur qui résiste au rouleau compresseur de la crise s'appelle Peugeot-Citroën. L'usine de Trnava travaille même les samedis pour rattraper les quinze jours de production perdus fin 2008 à cause de la fermeture du robinet de gaz russe ! « Les salariés slovaques sont ouverts et adaptables, le mot flexibilité ne leur fait pas peur. Nous avons d'excellentes relations avec le syndicat de la métallurgie OZ Kovo et un bon accord sur l'adaptation du temps de travail », remarque Jean Mouro, le directeur de l'usine. « En Slovaquie, les syndicats sont très compréhensifs et très sages, » souligne aussi Dana, journaliste à Pravda. La grève ? Pavol ouvre de grands yeux. Mais de quoi me parlez-vous ?
Le modèle slovaque du tout automobile semble inoxydable. Et ce n'est apparemment pas la récession qui va le rouiller. Elle fait même plutôt les affaires des constructeurs. Elle donne notamment un sacré coup de frein à la bougeotte professionnelle qui commençait à faire des ravages dans la région de Trnava.
Le quasi plein emploi aidant ¯ le taux de chômage était tombé à 3 % ¯ « à partir de 2006 les salariés se sont mis à zapper d'une entreprise à l'autre pour gagner plus. Ils savaient qu'ils ne risquaient rien. On connaissait un turn-over de 4 % par mois », note Jean Mouro.
Pavol, lui aussi d'ailleurs, a eu des fourmis dans les jambes pour aller voir si l'herbe était plus verte à côté. Mais vu « ce qui se passe chez Volkswagen, » pas très loin, il préfère ne « plus bouger » et risquer de se retrouver au chômage et « sans indemnités au bout de six mois. » Mieux, il s'adapte. Comme un nombre grandissant de salariés, il fait désormais le trajet quotidien (80 kilomètres aller-retour) vers l'usine en covoiturage. À quatre.
L'automobile, c'est l'avenir qu'il revendique. Bonne pioche, pour les constructeurs aussi, la Slovaquie reste une priorité. Volkswagen vient d'annoncer le lancement d'un petit modèle familial concurrent de la 207. Chez PSA, Jean Mouro est formel : « Il faut être là sur le long terme, au coeur des vrais marchés en croissance : Pologne, Ukraine, Roumanie... » Avec son regard aiguisé de baroudeur, Jean-Antoine Giansilly, le patron de la mission économique française à Bratislava, affirme sans détour : « La Slovaquie est un atelier détaché de l'Allemagne et de la France pour fabriquer moins cher et à qualité égale. » Dans son élan il y voit même, l'adhésion de l'euro aidant, « un paradis européen où les industriels sont français et allemands, les banquiers autrichiens et belges, les restaurateurs italiens... »
Paul BUREL.
